Synthèse
- Malgré la flambée des coûts de l’énergie, les perspectives de bénéfices des entreprises restent très solides, avec des révisions de résultats en nette progression dans la plupart des régions et secteurs. Si la croissance des bénéfices s’étend progressivement au-delà des leaders technologiques, l’essor des investissements dans l’IA s’impose de plus en plus comme le principal moteur des anticipations de marché.
- Malgré un environnement macroéconomique favorable et une dynamique des bénéfices solide, les valorisations élevées observées dans certains segments nous incitent à conserver un positionnement plus défensif. Nos équipes identifient les opportunités les plus intéressantes dans les valeurs de qualité actuellement délaissées, tout en restant attentifs aux niveaux de valorisation et à la dynamique particulièrement forte du secteur technologique.
- Au niveau régional, nos équipes en Asie et sur les marchés émergents se montrent plus optimistes, même si les écarts de valorisation entre les régions se sont réduits. Selon nos analyses, le marché américain apparaît aujourd’hui moins cher par rapport aux autres marchés.
Bilan des derniers mois
Une fois de plus, les marchés actions ont rapidement surmonté un nouvel « événement géopolitique » et atteignent de nouveaux records. Les acteurs du marché considèrent que la hausse des coûts de l’énergie a moins d’impact que l’essor des investissements dans l’intelligence artificielle (IA), qui soutient une large part de la croissance des bénéfices au niveau mondial.
Nos équipes conservent une vision globalement neutre des perspectives de marché, l’enthousiasme suscité par la solide dynamique des bénéfices étant tempéré par des valorisations plus élevées et des signes croissants de spéculation, notamment sur les petites capitalisations américaines. Nous examinons attentivement les segments les plus controversés des marchés, comme les « perdants de l’IA » et le crédit privé, afin d’y déceler des opportunités. Par ailleurs, nous pensons également que le facteur qualité est aujourd’hui sous-valorisé et qu’il devrait à nouveau contribuer positivement à la sélection de titres après une période de performances particulièrement faibles.
La croissance des bénéfices s’accélère, portée par l’essor des investissements dans l’IA
À travers les différentes régions, nous avons revu à la hausse nos prévisions de bénéfices, soutenues par une croissance économique résiliente, un soutien budgétaire et monétaire toujours présent et l'impact durable du cycle d’investissement dans l’IA. Aux États-Unis, nous anticipons une progression à deux chiffres des bénéfices du S&P 500 en 2026. Bien que les « 7 Magnifiques » continuent d’apporter une contribution majeure, la croissance des bénéfices s’élargit progressivement au reste du S&P 500, avec une reprise notable attendue pour les 493 autres sociétés après plusieurs années de stagnation.
Plus précisément, l’impact des investissements dans l’IA s’étend progressivement, tandis que le secteur de l’énergie affiche une hausse de ses bénéfices. Toutefois, en dehors de ces deux thématiques dominantes, nous anticipons une progression plus modérée de 8 % des bénéfices aux États-Unis cette année. Cela met en évidence l’importance majeure du cycle massif d’investissement dans l’IA dans les perspectives de performance des marchés actions (Graphique 1).
En dehors des États-Unis, les perspectives s’améliorent également. Le Japon devrait enregistrer une nouvelle année de forte croissance des bénéfices, portée par les progrès en matière de gouvernance d’entreprise et par une meilleure allocation du capital. Après plusieurs années de sous-performance, l’Europe semble désormais en mesure de délivrer de meilleures performances. Les difficultés, liées à la faiblesse des bénéfices dans le secteur de l’énergie et à la hausse des coûts dans le secteur automobile (notamment les droits de douane et les matières premières), s’estompent. En parallèle, les mesures de soutien budgétaire pourraient contribuer à stimuler la demande intérieure.
Après une décennie de sous-performance, les marchés émergents affichent désormais une croissance bénéficiaire comparable à celle des États-Unis, grâce au rôle clé de secteurs de la technologie et des matières premières dans la performance des marchés actions.
Malgré des fondamentaux favorables, les niveaux de valorisation restent élevés dans certaines régions, en particulier aux États-Unis. Les ratios cours/bénéfices attendus dépassent désormais leurs moyennes historiques, ce qui nous conduit à modérer nos anticipations de rendement. Cependant, avec une croissance des bénéfices solide et généralisée, les investisseurs peuvent encore trouver des opportunités attractives.
Investir dans les « perdants de l’IA » : Risques, opportunités et cadres d’investissement
Le cycle d’investissements dans l’IA demeure un thème central, mais la dynamique commence à évoluer. Après une période d’enthousiasme, le marché a fortement revu à la baisse la valorisation des entreprises perçues comme les « perdants de l’IA », notamment dans les secteurs des logiciels et des services informatiques, entraînant une nette sous-performance et une compression des multiples. Les sociétés SaaS (« Software as a Service »), ont vu, par exemple, leurs valorisations se contracter de près de 60 % depuis le début de l’année 2025. Cette correction généralisée a néanmoins fait apparaître de nouvelles opportunités d’investissement.
Nos recherches montrent que, parmi les entreprises pénalisées par l’IA, les situations sont très contrastées. En particulier, les entreprises du secteur des services informatiques et des infrastructures affichent des révisions de bénéfices plus solides, soutenues par un contexte de valorisations attractives et une amélioration de la dynamique opérationnelle (Graphique 2).
L’évaluation du risque de disruption est essentielle et repose notamment sur le caractère propriétaire et difficile à reproduire des données, la substituabilité des produits, les coûts de transition des clients, les barrières réglementaires et la capacité d’intégration de l’IA. Une classification des entreprises selon leur risque de disruption, combinée à l’application de décotes de valorisation appropriées, permet d’identifier les sociétés injustement délaissées par le marché.
Même s’il est sans doute encore trop tôt pour surpondérer l’univers des « perdants de l’IA », une exposition sélective, notamment aux entreprises présentant des fondamentaux solides et un risque de disruption limité, pourrait offrir un potentiel de surperformance à mesure que le sentiment de marché se normalise. Une analyse fondamentale rigoureuse est essentielle afin de distinguer les véritables perdants structurels des entreprises capables de s’adapter et de prospérer dans un environnement porté par l’IA.
Investir dans des entreprises de qualité : Repli conjoncturel, signes de reprise et opportunités sélectives
La qualité est depuis longtemps considérée comme un critère clé de sélection de titres dans nos analyses quantitatives et fondamentales, au même titre que la valorisation et le momentum. De manière générale, les titres de qualité affichent des bilans robustes, une forte rentabilité du capital et des bénéfices réguliers. Au cours des derniers trimestres, ces valeurs ont traversé une période difficile, notamment aux États-Unis, où leur performance a nettement été en retrait par rapport aux indices plus larges.
L’essor des investissements dans l’IA constitue l’un des principaux facteurs expliquant la sous-performance des titres de qualité. D’une part, une grande partie des bénéficiaires de cet essor se compose de sociétés du secteur des semi-conducteurs, plus cycliques et de qualité inférieure. Ces entreprises font actuellement face à d’importantes pénuries d’approvisionnement et bénéficient d’un pouvoir de fixation des prix exceptionnel, bien que probablement temporaire. L’engouement suscité par la technologie et l’innovation dans les petites capitalisations a conduit les investisseurs particuliers à faire fortement grimper de nombreuses valeurs au récit séduisant, mais qui génèrent encore peu de chiffre d’affaires, de bénéfices ou de flux de trésorerie.
Alors que les titres de moindre qualité ont fortement progressé, les inquiétudes liées à l’impact de l’IA sur les entreprises bien établies au profil de croissance régulier ont lourdement pesé sur de nombreuses valeurs de qualité (comme indiqué dans la section précédente sur les « perdants de l’IA »). Nous considérons que les difficultés actuelles de ces entreprises de qualité sont temporaires et ne sont pas structurelles.
Nous constatons également que les valorisations des titres de qualité sont devenues nettement plus attractives au cours des derniers trimestres. Historiquement, les facteurs qualité et value ont surperformé après d’importants chocs pétroliers, tandis que les valeurs de croissance et les titres spéculatifs ont eu tendance à sous-performer. Selon nous, l’environnement actuel, caractérisé par une forte spéculation et une volatilité élevée, met en évidence le rôle essentiel du facteur qualité comme pilier défensif des portefeuilles.
Nos analyses montrent que les titres de qualité présentent désormais des valorisations attractives et une dynamique opérationnelle en amélioration (Graphique 3). L’analyse des régimes de marché passés montre que ces valeurs ont tendance à bien performer dans des marchés plus difficiles et plus favorables au style value. L’écart de valorisation entre les valeurs de qualité et les valeurs de moindre qualité atteint désormais des niveaux qui, par le passé, ont précédé des phases de surperformance.
Nos équipes identifient des opportunités dans des entreprises de qualité actuellement délaissées par le marché. En Europe, nous privilégions des valeurs de qualité dans la santé et la consommation. Aux ÉtatsUnis, nous nous intéressons à certaines entreprises industrielles, technologiques et d’assurance.
Alors que le cycle évolue et que la dynamique opérationnelle s’améliore, le facteur qualité semble en mesure de revenir au premier plan sur les marchés. Pour les investisseurs en quête de résilience et de croissance à long terme, un regain d’intérêt pour les valeurs de qualité offre à la fois des caractéristiques défensives et un potentiel de rendement attractif à mesure que l’environnement de marché évolue.
Le Graphique 4 présente les opinions des membres de notre équipe. Beaucoup privilégient les valeurs de qualité dont les valorisations sont devenues attractives. Certains voient des opportunités dans certains « perdants de l’IA » disposant de fondamentaux solides et d’une exposition plus faible au risque de disruption lié à l’IA.
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