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Perspectives Actions Monde – T3 2026

PQ
Paul Quinsee

Directeur de la gestion actions internationales

Publié : 10-08-2026

Synthèse

  • Nous observons une nette progression des bénéfices à l’échelle mondiale, portée par des dépenses d’investissement massives dans l’intelligence artificielle (IA). Ces dernières semaines, nos prévisions sur les bénéfices ont de nouveau été revues à la hausse, tirées par les principaux bénéficiaires de ces investissements. La vigueur des marchés des capitaux et la hausse des prix de l’énergie contribuent également à cette tendance.
  • Dans l’ensemble, les marchés ont progressé au rythme de la hausse des bénéfices, sans que les valorisations paraissent excessives. Aujourd’hui, la performance est principalement portée par la croissance des bénéfices, davantage que par l’augmentation des multiples de valorisation. Nos gérants anticipent donc des rendements plus modérés : si la solidité des résultats des entreprises reste un soutien, elle est compensée par la montée de comportements spéculatifs sur plusieurs segments de marché.
  • Les valeurs aujourd’hui considérées comme les « perdants de l’IA », ainsi que de nombreuses valeurs défensives restées en marge de cette thématique, offrent désormais des points d’entrée attractifs à long terme. Dans un contexte où les indices se concentrent de plus en plus sur les grandes valeurs technologiques, la diversification des portefeuilles redevient essentielle.

Bilan des derniers mois

Le principal moteur des marchés actions en 2026 reste l’accélération exceptionnelle des investissements dans l’intelligence artificielle. Cette dynamique a largement relégué au second plan les facteurs habituellement déterminants, comme les tensions géopolitiques ou les décisions des banques centrales. Nos analystes estiment que les dépenses d’investissement dans les centres de données atteindront 1 600 milliards de dollars cette année, soit plus de trois fois leur niveau d’il y a deux ans à peine. Les scénarios les plus optimistes évoquent jusqu’à 8 000 milliards de dollars d’ici cinq ans. À ce stade, rien n’indique un essoufflement de cet engouement : nous estimons désormais que les investissements pourraient dépasser 3 000 milliards de dollars dès 2028. Jusqu’à présent, chacune des révisions de ces prévisions s’est traduite par une hausse (Graphique 1).

À mesure que l’optimisme des investisseurs progresse, les risques augmentent également : recours de plus en plus fréquent au financement par la dette plutôt qu’à l’autofinancement, contraintes physiques significatives (notamment en matière d’alimentation électrique), opposition croissante du public aux centres de données, et incertitude sur l’évolution des prix des jetons (tokens), ce dernier figurant selon nous comme le risque le plus important. Nous suivrons attentivement chacun de ces facteurs. 

Pour l’instant, le cycle d’investissement demeure particulièrement dynamique. Il entraîne d’importantes révisions à la hausse des anticipations de bénéfices, non seulement dans le secteur technologique mais également dans de nombreuses entreprises industrielles. Par ailleurs, l’essor de l’IA et la progression des marchés actions soutiennent un cycle très favorable pour les marchés de capitaux. Nous anticipons désormais une croissance des bénéfices de 27 % aux États-Unis en 2026, suivie d’une nouvelle progression de 22 % en 2027. À titre de comparaison, nos prévisions publiées en janvier tablaient sur une hausse de seulement 14 % cette année. À l’échelle mondiale, la dynamique est encore plus marquée sur les marchés émergents : les bénéfices devraient progresser de 65 % en 2026, puis de 22 % supplémentaires en 2027.

Il est rare d’observer une accélération des bénéfices aussi rapide en dehors d’une phase de sortie de récession. La dynamique actuelle est d’une nature très différente. Même si la croissance s’est progressivement étendue au-delà des « Sept Magnifiques », nous estimons qu’environ 75 % de la hausse des bénéfices attendue aux États-Unis cette année découlera directement des investissements liés à l’IA et de la hausse des prix du pétrole. Le reste du marché devrait afficher une progression de 8 % : un rythme solide, mais loin d’être exceptionnel. Les marchés ont, pour l’essentiel, déjà intégré cette amélioration des perspectives.

La véritable interrogation porte désormais sur la durée de ce cycle. Nous estimons que les fabricants de semi-conducteurs spécialisés dans les mémoires connaîtront inévitablement un retour à la moyenne de leurs bénéfices, puis une contraction plus marquée.  Dans ce contexte, plusieurs de ces valeurs nous paraissent aujourd’hui relativement chères à long terme, même lorsque leurs multiples de bénéfices à court terme semblent faibles. À l’inverse, les inquiétudes liées au caractère potentiellement disruptif de l’intelligence artificielle pour les modèles économiques existants, en particulier dans le secteur des logiciels mais également dans de nombreuses autres industries, ont fortement pénalisé certaines entreprises. Cette correction ouvre désormais des perspectives de création de valeur attractives parmi les sociétés qualifiées de « perdants de l’IA » (Graphique 2).

L’un des principaux enjeux de la gestion de portefeuille est désormais d’identifier les véritables opportunités d’investissement et de trouver un équilibre entre les entreprises bénéficiant actuellement de la dynamique de l’IA, et celles dont le potentiel de création de valeur pourrait s’exprimer davantage sur le long terme.

Sur le plan géographique, les écarts d’opportunités entre régions restent aujourd’hui relativement faibles : partout, la thématique de l’intelligence artificielle domine les marchés. Nos analyses indiquent que les perspectives de rendement du marché américain sont désormais comparables à celles des autres grandes zones géographiques. La croissance plus soutenue des bénéfices aux États-Unis justifie, selon nous, des niveaux de valorisation durablement supérieurs, une tendance observée depuis près de quinze ans.

Les marchés émergents continuent d’offrir un potentiel de croissance intéressant, même si leurs valorisations sont moins attractives qu’au début de l’année dernière. En Europe, la progression des bénéfices reste plus modérée, mais elle s’accompagne de valorisations plus raisonnables, de rendements de dividendes plus élevés et d’une exposition moins dépendante de la thématique de l’IA. Dans ce contexte, nous recommandons de diversifier les portefeuilles, à la fois par région et par style de gestion, afin de réduire les risques liés à la concentration croissante des marchés actions sur un nombre limité de grandes valeurs technologiques. Cette diversification pourrait s’avérer particulièrement utile si l’engouement actuel pour l’IA venait à s’atténuer.

Un marché dominé par le facteur momentum : quelle suite ?

À mesure que les investisseurs se sont concentrés sur les entreprises les plus exposées à l’intelligence artificielle, les performances boursières se sont progressivement polarisées autour d’un nombre restreint de valeurs. En termes de facteurs d’investissement, nous traversons l’une des phases de marché les plus marquées par le facteur momentum. Nos analyses quantitatives permettent de replacer cette dynamique dans une perspective historique : l’accélération actuelle compte parmi les quatre épisodes de momentum les plus marqués des quarante dernières années. Quant à sa vitesse de progression, elle est la deuxième plus rapide jamais enregistrée, derrière la bulle Internet de 1999 (Graphique 3).

Même si la dynamique demeure solide, plusieurs indicateurs appellent à la prudence. Nos équipes de recherche quantitative constatent notamment que la corrélation entre le facteur momentum et les autres facteurs fondamentaux que nous suivons, comme la valorisation ou la qualité des entreprises, diminue progressivement. Autrement dit, la hausse des cours semble désormais davantage portée par la poursuite de la dynamique de marché que par les fondamentaux. Par ailleurs, la forte volatilité observée sur certaines valeurs très recherchées constitue un autre signal d’alerte. Les mouvements quotidiens enregistrés récemment sur le marché coréen, largement dominé par les valeurs liées aux semi-conducteurs de mémoire, en sont une bonne illustration.

Ces signes de tension sont particulièrement visibles dans les secteurs technologiques et industriels, ainsi que sur certains marchés, notamment au Japon et dans les pays émergents. L’ensemble de ces éléments renforce notre conviction qu’une diversification des portefeuilles est essentielle. Une allocation plus équilibrée entre différents styles de gestion, notamment en réintroduisant des valeurs sous-évaluées (value), ainsi qu’une diversification géographique permet de mieux se prémunir contre les corrections parfois brutales qui suivent généralement la fin des phases de marché dominées par le facteur momentum.

Les enseignements tirés des précédentes phases d’euphorie boursière

Sommes-nous face à une bulle ? Lors de notre réunion trimestrielle de juillet, nous avons invités nos gérants, dont beaucoup disposent de plus de trente ans d’expérience sur les marchés, à partager les enseignements tirés des précédentes phases d’euphorie boursière. Les échanges ont naturellement porté sur les points communs entre la dynamique actuelle et les grands cycles haussiers du passé, ainsi que sur les corrections qui les ont suivis. Le constat est assez largement partagé : nous ne sommes vraisemblablement pas encore en présence dans une bulle. La progression des marchés repose avant tout sur une forte croissance des bénéfices des entreprises, davantage que sur une expansion excessive des multiples de valorisation. De nombreuses sociétés leaders affichent encore des niveaux de valorisation cohérents avec leurs perspectives de croissance. Cela étant, l’ampleur du cycle d’investissement lié à l’intelligence artificielle invite à la prudence. Plusieurs enseignements ressortent de cette analyse :

  • À long terme, les valorisations finissent toujours par s’imposer. Les excès de marché conduisent souvent à des niveaux de valorisation difficilement soutenables. Lorsque ces excès se corrigent, il faut parfois de nombreuses années pour que les marchés retrouvent leurs niveaux antérieurs.
  • Chercher à identifier précisément le sommet d’un cycle est presque impossible. L’excès d’optimisme n’apparaît clairement qu’une fois la correction enclenchée. La bulle Internet en est une illustration : dès l’été 1999, le NASDAQ était déjà largement jugé surévalué, et pourtant l’indice a encore doublé au cours des neuf mois suivants.
  • Les cycles de marché se traversent autant par la sélection des titres que par la gestion des risques. Les investisseurs les plus performants sont ceux qui parviennent à maîtriser leurs émotions, à rester objectifs et à réévaluer en continu opportunités et risques, sans se laisser porter par le sentiment de marché. Cette discipline est exigeante : après plusieurs années de hausse, la confiance excessive conduit souvent à accroître le risque. À l’inverse, après une correction, l’excès de prudence peut faire manquer des opportunités. Enfin, rien ne remplace l’expérience : avoir déjà traversé plusieurs cycles de marché constitue un avantage déterminant pour identifier les excès et tirer parti des opportunités qu’ils créent.

Le graphique 4 présente les opinions des membres de notre équipe. Beaucoup apprécient les valeurs industrielles, les actions de qualité et certains « perdants de l’IA », tout en évitant les biens de consommation de base et les valeurs de croissance défensives.

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