Les actions mondiales ont enregistré un puissant rallye en mode « risk-on », porté par une rotation vers les valeurs liées à l’intelligence artificielle (IA).
Le mois d’avril s’est révélé être un mois au cours duquel les marchés ont fait abstraction des turbulences géopolitiques pour atteindre de nouveaux sommets. Les tensions entre les États-Unis et l’Iran ont continué de dominer l’actualité, le détroit d’Ormuz demeurant fortement perturbé et le Brent dépassant les 110 dollars le baril en fin de mois, malgré des tentatives intermittentes de cessez-le-feu et des initiatives diplomatiques qui ont régulièrement échoué.
Pourtant, le regain de confiance a été le principal moteur des marchés. Les actions mondiales ont enregistré un puissant rallye en mode « risk-on », porté par une rotation vers les valeurs liées à l’intelligence artificielle (IA). Le S&P 500 et le Nasdaq ont atteint des sommets historiques, l’indice Philadelphia Semiconductor a progressé de près de 40 % sur le mois, et l’indice MSCI Emerging Markets s’est nettement distingué (+14,7 %), soutenu par des performances exceptionnelles à Taïwan (+26,2 %) et en Corée du Sud (+38,2 %), marchés clés de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA.
L’ampleur du rallye a été aussi remarquable que son intensité. Les valeurs de croissance ont progressé de 12,4 %, contre seulement 7,2 % pour les valeurs sous-évaluées (« value »), reflétant l’appétit persistant des investisseurs pour les entreprises exposées au cycle d’investissement dans l’IA. Les actions des marchés développés ont affiché une performance de 9,6 %, tandis que les petites capitalisations, en hausse de 9,1 %, ont également fortement participé, tirées en grande partie par des valeurs technologiques de petite taille plutôt que par une reprise cyclique plus large.
Les marchés obligataires ont enregistré des performances plus nuancées. L’indice Bloomberg Global Aggregate a progressé de 1,2 %. La hausse des rendements, soutenue par la progression des prix du pétrole et par des préoccupations croissantes liées à l’inflation et à la soutenabilité budgétaire, a exercé une pression sur les obligations souveraines. Par ailleurs, la solidité des résultats d’entreprises et un contexte favorable au risque ont contribué à un resserrement des spreads sur les obligations investment grade.
Les matières premières ont terminé le mois sur une note globalement positive, affichant une hausse de 4,2 %. L’énergie (+7,7 %) et les métaux industriels (+5,0 %) se sont particulièrement distingués, portés par la progression des prix du pétrole et une demande soutenue de matériaux, liée à l’expansion mondiale des centres de données dédiés à l’IA.
Actions
Sur les marchés actions, les marchés émergents ont été les grands gagnants du mois, avec un MSCI Asia ex-Japan en hausse de 16,3 %, suivi de près par le MSCI Emerging Markets dans son ensemble (+14,7 %). Les gains ont été très largement concentrés à Taïwan et en Corée du Sud, où la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs liés à l’IA est la plus développée. Pour les investisseurs qui s’étaient retirés de ces marchés lors des turbulences géopolitiques en février et mars, le mois d’avril a marqué un retournement net, l’indice MSCI EM Asia effaçant l’intégralité de ses pertes liées au conflit, et au-delà.
Parmi les marchés développés, les États-Unis ont mené la progression, avec un S&P 500 en hausse de 10,5 %, soutenu par une saison de résultats solide tant dans la technologie que dans le secteur financier. Au moment de rédiger ces lignes, un peu moins des deux tiers du S&P 500 en capitalisation boursière ont publié leurs résultats, les analystes anticipant une croissance du BPA de 14,5 % en glissement annuel. La saison s’est révélée particulièrement robuste : 84 % des sociétés ayant publié ont dépassé les attentes de bénéfices du consensus des analystes, nettement au-dessus de la moyenne historique de 73 %. Les bénéfices ont dépassé les attentes de 28,6 %, contre une moyenne de long terme de 6,3 %, bien que ce chiffre ait été biaisé par d’importants gains d’investissement chez les hyperscalers.
Le Topix japonais a enregistré une progression plus modérée de 6,6 %, participant au mouvement « risk-on » mais limité par une exposition directe plus faible à la thématique de l’IA. L’Europe hors Royaume-Uni a progressé de 5,7 %, l’optimisme de début de mois lié à un cessez-le-feu s’étant estompé avec l’échec des efforts diplomatiques, tandis que l’indice PMI régional signalait une contraction de l’activité dans la zone euro, suggérant que les perturbations persistantes de l’approvisionnement énergétique continuent de peser sur l’économie réelle.
Le FTSE All-Share britannique s’est distingué comme le principal retardataire, avec une progression limitée à 2,8 %. La structure sectorielle du FTSE, fortement orientée vers l’énergie, le secteur financier et les valeurs défensives, a constitué un handicap dans un mois favorable à la croissance et à la technologie. Les valeurs énergétiques et bancaires ont été chahutées par la volatilité des prix du pétrole et les annonces de cessez-le-feu, tandis que la hausse de l’indice des prix à la consommation au Royaume-Uni à 3,3 % a ravivé les attentes de resserrement monétaire de la Banque d’Angleterre, les marchés anticipant un peu plus de deux hausses de taux d’ici la fin de l’année.
Marché obligataire
En avril, les marchés obligataires souverains ont affiché des évolutions contrastées, principalement sous l’effet du regain d’inquiétudes liées à l’inflation, suite à la hausse des prix de l’énergie. Les marchés ont rapidement révisé la trajectoire attendue de la politique monétaire, repoussant les prévisions de baisse des taux, et dans certains cas, envisageant même un resserrement supplémentaire.
Les obligations d’État japonaises (JGB) ont été les plus pénalisées sur le mois (-0,7 %). Si la Banque du Japon a laissé sa politique inchangée, un ton plus restrictif et des révisions à la hausse de ses prévisions d’inflation ont conduit les marchés à avancer leurs anticipations de hausses de taux. Ce changement de sentiment, combiné à la sensibilité du Japon aux importations d’énergie, a porté les rendements des JGB à 10 ans à leur plus haut niveau depuis 1997.
Les Gilts britanniques ont également reculé (-0,5 %), reflétant à la fois la persistance de l’inflation et les incertitudes de politique monétaire. La hausse des prix de l’énergie a ravivé les inquiétudes inflationnistes, s’ajoutant à une inflation domestique déjà persistante qui incite la Banque d’Angleterre à la prudence. Dans ce contexte, les marchés ont intégré de nouvelles hausses de taux cette année.
À l’inverse, les bons du Trésor américain ont fait preuve de plus de résilience (-0,1 %). En tant qu’exportateur net d’énergie, les États-Unis sont moins exposés à la hausse des prix de l’énergie, tandis qu’un environnement de croissance plus équilibré a limité l’ampleur du mouvement de vente.
Les obligations souveraines européennes ont affiché des performances plus hétérogènes. La hausse des prix de l’énergie et des données d’activité plus faibles ont initialement poussé les rendements à la hausse en début de mois, mais le statu quo de la BCE a entraîné un repli des Bunds allemands en fin de période. Les marchés périphériques comme l’Italie (+0,5 %) ont bénéficié de rendements initiaux plus élevés et d’un resserrement des spreads par rapport à l’Allemagne (+0,1 %), ce qui a contribué à soutenir les performances.
Sur les marchés du crédit, l’appétit pour le risque observé tout au long du mois a contribué à un resserrement des spreads, avec des performances principalement influencées par les niveaux de rendement initiaux. La dette émergente s’est distinguée par sa surperformance, soutenue par un portage élevé et la stabilité du dollar américain, suivie par les segments du haut rendement et de l’investment grade.
Conclusion
Avril a été un mois en décalage avec les titres de l’actualité. Malgré des tensions géopolitiques persistantes, une forte perturbation du détroit d’Ormuz et un prix du pétrole dépassant les 110 dollars le baril, les marchés ont bénéficié d’un regain d’optimisme lié à une possible résolution du conflit au Moyen-Orient et à des résultats d’entreprises globalement solides. Cette dynamique a propulsé les indices vers de nouveaux sommets et alimenté un puissant rallye « risk-on » centré sur l’IA et la chaîne d’approvisionnement technologique.
Les risques demeurent répartis dans les deux sens. Une réouverture rapide du détroit pourrait entraîner une baisse des prix de l’énergie et un assouplissement des anticipations de taux, tandis qu’un maintien du blocage pourrait peser sur l’activité tout en ancrant l’inflation. Dans cet environnement, la pertinence d’un portefeuille bien diversifié, exposé à différentes classes d’actifs, zones géographiques et thématiques, reste plus essentielle que jamais.
