Nous identifions encore des opportunités intéressantes sur le marché mondial des obligations « investment grade » (IG). Les spreads se situent dans la partie basse de leur fourchette historique, mais le marché bénéficie de rendements initiaux attractifs, de perspectives de croissance favorables et d’une inflation globalement maîtrisée. Nous pensons que la demande devrait rester en phase avec le volume soutenu d’émissions sur le marché primaire. Parallèlement, une analyse crédit rigoureuse, une sélection active des titres et un positionnement judicieux dans les structures de capital devraient permettre d’exploiter pleinement l’environnement porteur sur le marché des obligations d’entreprises.
Une croissance résiliente, une inflation qui évolue et une politique qui s’adapte
Les conditions macroéconomiques demeurent propices aux obligations d’entreprises, malgré des risques géopolitiques accrus et une évolution des dynamiques mondiales. La croissance résiste bien dans les grandes économies, mais les perspectives sont désormais plus contrastées en raison des risques de perturbation des chaînes d’approvisionnement et de la volatilité des prix de l’énergie liées aux événements récents. Les pressions inflationnistes pourraient fluctuer, notamment si les prix des matières premières réagissent aux tensions géopolitiques, mais les banques centrales des pays développés devraient conserver des politiques mesurées et réactives. Aux États-Unis, la Réserve fédérale devrait rester prudente et ajuster sa politique afin d’arbitrer entre soutien à la croissance et maîtrise de l’inflation.
Pour les investisseurs exposés aux obligations d’entreprises IG, ce contexte témoigne de l’importance du portage, de la diversification et de la gestion active. Malgré l’augmentation du risque d’une évolution inattendue des politiques monétaires, une sélection rigoureuse des titres et une gestion disciplinée des risques peuvent aider les investisseurs à saisir les opportunités et à relever les défis sur des marchés obligataires qui évoluent rapidement.
Les rendements dopent la demande
Les spreads des obligations IG résistent bien et sont proches de 80 à 90 points de base (pb) tant sur les marchés américains qu’européens. Il faut garder à l’esprit qu’ils constituent une mesure relative, qui compare le risque de la dette d’entreprise au risque de la dette souveraine. Depuis la pandémie de Covid, l’endettement des entreprises et des ménages a diminué, tandis que la dette publique ne cesse d’augmenter. Les bilans des entreprises s’améliorent par rapport à la situation financière des États et les bénéfices et les chiffres d’affaires continuent d’augmenter. Résultat, les spreads résistent et restent à des niveaux bas.
En règle générale, les spreads s’élargissent lorsque les bénéfices baissent et se resserrent lorsqu’ils augmentent. Le consensus anticipe une croissance généralisée et à deux chiffres des bénéfices par action aux États-Unis, en Europe, au Royaume-Uni, dans les pays émergents et en Chine en 2026. Les marges demeurant élevées, les entreprises devraient rester en bonne santé en 2026, même si la croissance des bénéfices venait à marquer le pas.
Dans le même temps, les rendements demeurent attractifs en termes relatifs. Des rendements initiaux plus élevés renforcent le potentiel de performance totale et constituent le principal moteur de la demande des principaux acheteurs d’obligations IG : les assureurs, les fonds destinés aux particuliers et les investisseurs étrangers. Le rendement de l’indice américain des obligations d’entreprises IG étant supérieur à 5 %, le niveau de revenu demeure intéressant.
Le rendement, c’est précisément ce que recherchent la plupart des investisseurs en obligations IG, mais il reste rare. Avec les performances totales positives enregistrées au cours de l’année écoulée et des rendements relativement attractifs, la demande pour les obligations IG n’a donc rien de surprenant.
Les dépenses d’investissement et l’offre de titres augmentent, tout comme la qualité des émetteurs IG
La demande demeure soutenue, mais l’offre ne l’est pas moins. Le moteur de ces nouvelles émissions est l’augmentation des dépenses d’investissement, notamment celles des entreprises technologiques américaines dans l’intelligence artificielle (IA) et les infrastructures de données. La demande devrait largement absorber l’offre, mais nous surveillons ce secteur de près pour détecter l’émergence d’éventuels risques. Si les « hyperscalers » ont dominé les volumes d’émissions l’année dernière, 2026 devrait à nouveau enregistrer un niveau d’offre élevé, porté par une accélération plus large des dépenses d’investissement, au-delà du seul secteur technologique.
Nous concentrons nos analyses sur l’intensité des dépenses d’investissement, c’est-à-dire les dépenses des entreprises rapportées à leurs flux de trésorerie et à leur capacité bénéficiaire. Selon notre scénario central, les hyperscalers devraient émettre près de 300 milliards de dollars au cours des deux prochaines années, un niveau supérieur aux anticipations actuelles du marché, de sorte que le poids du secteur technologique sur le marché IG pourrait atteindre 7 %. Il s’agit néanmoins d’émetteurs de grande qualité, comme Microsoft et Meta, qui génèrent des chiffres d’affaires et des bénéfices gigantesques, et dont le levier net est relativement modeste. La plupart des émetteurs du secteur technologique appartenant à la catégorie IG affichent un ratio dette/bénéfice largement inférieur à 1. Les investisseurs devraient pouvoir continuer à souscrire aux émissions de ces entreprises matures, qui optimisent leur bilan pour investir dans leur croissance future.
Oracle mérite une attention particulière, car l’intensité de ses dépenses d’investissement est plus élevée et ses résultats sont davantage liés au succès de plateformes externes s’appuyant sur son écosystème. Toutefois, nos analystes estiment que ce risque demeure maîtrisable par l’entreprise, y compris dans des scénarios moins favorables.
Les titres susmentionnés sont présentés à titre d’exemple uniquement. Leur inclusion ne saurait être interprétée comme une recommandation d’achat ou de vente.
Les outils pour une gestion active : la sélection des titres individuels, la stratégie « roll‑down » et la structure de capital des émetteurs IG
Dans tous les secteurs, les niveaux de santé financière se sont améliorés et la qualité globale des émetteurs de l’indice IG a nettement augmenté. Aux États-Unis et en Europe, les relèvements de notes restent supérieurs aux dégradations et la part des titres notés BBB- (la note IG la plus basse) dans les indices de référence est à son plus bas depuis plus de dix ans, après plusieurs années d’amélioration de la qualité. L’univers des titres IG a rarement été d’aussi bonne qualité.
Grâce à notre équipe dédiée d’analystes IG, nous avons pu tirer parti de plusieurs relèvements de notation dans nos portefeuilles, avec des surpondérations actives sur T-Mobile, Broadcom et Uber, entre autres, qui ont contribué à la performance.
Notre « Horloge des obligations d’entreprises » illustre la place des différents secteurs dans le cycle économique avec une représentation graphique de la croissance des bénéfices par rapport au levier net. Dans mon rôle de gérant, je cherche une croissance positive des bénéfices et une baisse du levier net, ce qui correspond au quadrant inférieur droit de l’horloge, que nous appelons « milieu de cycle ». Il s’agit de la phase idéale pour la santé des entreprises, et à l’heure actuelle, la plupart des secteurs se trouvent dans cette catégorie. Nous privilégions les émetteurs de grande qualité en milieu de cycle, qui génèrent des flux de trésorerie réguliers et gèrent avec rigueur leurs plans d’investissement.
Dans le cadre de notre gestion active sur le segment IG, nous pouvons également utiliser la stratégie dite de « roll-down » afin d’accroître nos performances. Après des années marquées par des courbes de taux plates ou inversées, la repentification des courbes IG permet au « roll-down » de redevenir une source intéressante de performance. Par exemple, une obligation à sept ans rapportant aujourd’hui environ 4,6 % peut générer une performance implicite sur un an de près de 5,2 % grâce au « roll-down », à condition que l’environnement de marché ne change pas. Une différence qui n’est pas négligeable. Les gérants actifs peuvent profiter de ce portage supplémentaire en faisant évoluer leur positionnement sur la courbe, tandis que les gérants passifs se contentent de conserver les obligations jusqu’à leur échéance.
Enfin, avec la configuration actuelle des marchés, les investisseurs actifs prêts à s’exposer à des titres de moindre qualité peuvent bénéficier de spreads élevés au sein même de l’univers IG. Alors que les grands indices IG affichent un spread d’environ 90 points de base (pb), celui des titres hybrides IG non financiers se situe autour de 180 pb et celui des titres AT1 dépasse les 300 pb. Si la rigueur des recherches et la sélectivité restent primordiales, le portage supplémentaire offert par les émetteurs IG de grande qualité permet de répondre à la quête effrénée de rendement des investisseurs.
