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          Dans l’esprit des investisseurs

          De l’épargnant à l’investisseur : une opportunité pour la Belgique

          ZN
          Zara Nokes

          Global Market Analyst

          LP
          Lilia Peytavin

          Global Market Strategist

          Publié : 14-10-2026

          Passer d’une situation où tout le monde est perdant à une situation où tout le monde est gagnant

          Les Européens ont toujours davantage épargné que leurs homologues américains. Depuis le début de la pandémie, toutefois, les ménages européens épargnent encore plus qu’à l’accoutumée, une part importante de cette épargne étant placée sur des comptes ou livrets d’épargne. Depuis le début de l’année 2020, les Européens ont placé 2 800 milliards d’euros supplémentaires sur des comptes et livrets d’épargne et autres placements assimilés, portant le total à 12 400 milliards d’euros.

          La Belgique ne fait pas exception à cette tendance, avec un taux d’épargne des ménages belges représentant 13 % du revenu disponible, contre 3 % aux États-Unis. Le fait qu’une proportion aussi élevée de l’épargne soit détenue sur des comptes ou livrets d’épargne représente un manque à gagner considérable pour les épargnants et compromet les résultats financiers auxquels ils peuvent légitimement aspirer. Si les taux d’intérêt servis sur les comptes ou livrets d’épargne sont aujourd’hui supérieurs aux niveaux dérisoires proposés pendant une grande partie de la dernière décennie, les taux réels sur les liquidités restent faibles, l’inflation étant désormais nettement plus élevée.

          À l’inverse, les marchés boursiers ont généré des rendements bien plus solides ces dernières années, soutenus par la forte progression des bénéfices des entreprises à mesure que les nouvelles technologies se diffusent à travers le monde. En conservant leur épargne sur des comptes ou livrets d’épargne, les particuliers risquent de passer à côté du potentiel de croissance à long terme offert par l’investissement en actions et de la possibilité de s’assurer un avenir financier plus confortable. Les actions ont également tendance à mieux se comporter que les autres classes d’actifs en période d’inflation plus élevée, les revenus des entreprises étant généralement appelés à progresser parallèlement à la hausse des prix.

          Le niveau élevé de l’épargne détenue sur des comptes ou livrets d’épargne constitue également un frein pour l’économie belge. La contrepartie d’une épargne élevée des ménages est bien entendu une consommation plus faible, ce qui pénalise l’activité économique, sauf si cette épargne est dirigée vers le financement des entreprises via l’investissement. L’épargne détenue sur des comptes ou livrets d’épargne ne contribue pas à l’investissement des entreprises dans ce sens. Depuis la pandémie, la consommation comme l’investissement des entreprises ont progressé nettement moins en Belgique (ainsi que dans le reste de la zone euro) qu’aux États-Unis.

          Enfin, le niveau élevé de l’épargne détenue sur des comptes ou livrets d’épargne peut affecter défavorablement la cohésion politique sur laquelle repose l’Union européenne. Le fait que relativement peu de ménages européens profitent de la progression des marchés boursiers contribue à creuser les inégalités de patrimoine et à alimenter le mécontentement politique, créant ainsi un terreau fertile que les populistes peuvent exploiter.

          Nous devons donc passer d’une situation où tout le monde est perdant à une situation où tout le monde est gagnant. Aider les ménages à mieux faire fructifier leur précieuse épargne contribuera non seulement à la réalisation de leurs objectifs financiers, notamment celui de bénéficier d’une retraite confortable, mais permettra également de soutenir les investissements des entreprises, dont nous avons un besoin urgent dans un monde en mutation rapide, de relancer la croissance et de supprimer les facteurs qui alimentent l’attrait du populisme.

          Il est temps d’agir

          Si la nécessité de remédier au problème de l’épargne est évidente, la difficulté réside dans la manière d’y parvenir. Afin de contribuer à répondre à cette question, J.P. Morgan Asset Management a commandé une enquête indépendante sur les attitudes et les comportements des ménages en Europe, comprenant un échantillon représentatif de 2 000 répondants en Belgique. Les résultats obtenus en Belgique, présentés ci-dessous, sont frappants et montrent sans équivoque pourquoi les responsables politiques et l’ensemble des acteurs du secteur doivent travailler de concert pour faire évoluer la situation de toute urgence. Il est temps d’agir.

          Les attitudes des ménages belges à l’égard de l’épargne et de l’investissement

           

          Cet article s’appuie sur les données d’une enquête commandée par J.P. Morgan Asset Management et réalisée en partenariat avec Opinium afin de mieux comprendre les comportements d’épargne des ménages européens.

          Cette enquête a été menée auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 adultes âgés de 18 à 65 ans en Belgique, dans le cadre d’une étude plus large portant sur 17 000 adultes dans neuf pays européens. L’enquête de terrain a été réalisée au cours de la seconde moitié de juillet 2026.

          Qu’avons-nous découvert ?

          Les belges sont confiants quant à leur situation financière à la retraite

          L’une des premières questions que nous avons posées aux belges interrogés visait à déterminer s’ils étaient confiants quant à leur avenir financier et, plus particulièrement, quant au niveau de vie dont ils bénéficieraient à la retraite. Les réponses indiquent que les belges sont globalement confiants quant à leur situation financière à la retraite. Plus de deux tiers des personnes interrogées se disent au moins assez confiants dans leur capacité à disposer du niveau de vie souhaité à la retraite. Cette proportion est supérieure à la moyenne européenne.

          Cette confiance s’étend également à leurs propres décisions en matière d’investissement. Deux tiers des personnes interrogées se disent au moins assez confiants dans leur capacité à décider comment investir leur argent.

          Les particuliers s’attendent à ce que la prévoyance privée en matière de retraite soit nécessaire…

          Notre enquête révèle que moins de 20 % des personnes interrogées comptent principalement sur le régime public pour financer leur retraite, ce qui est inférieur à la moyenne européenne, et c’est compréhensible. La dette publique belge est relativement élevée, la population vieillit rapidement et l’État doit faire face à d’autres pressions sur les dépenses, notamment ses engagements à accroître les dépenses de défense et à moderniser des infrastructures vieillissantes.

          Globalement, plus de 60 % des répondants affirment qu’ils comptent principalement sur la prévoyance privée et la prévoyance professionnelle pour financer leur retraite. Cependant, il est préoccupant de constater que parmi les personnes interrogées, 40 % ont répondu ne pas épargner actuellement dans l’un de ces deux régimes privés.

          …mais nombre d’entre eux manquent de planification

          Nous avons ensuite demandé aux ménages s’ils suivaient un plan d’épargne pour atteindre leurs objectifs de retraite. Moins de 30 % ont déclaré disposer d’un plan précis et épargner activement en vue de sa réalisation. 43 % des personnes interrogées n’ont pas encore commencé à y réfléchir ou y ont réfléchi, mais n’ont encore rien entrepris. Si cela ne concernait que les personnes interrogées les plus jeunes de notre échantillon, cela pourrait être compréhensible, car ils ont encore plusieurs décennies de vie professionnelle devant eux pour remédier à cette situation. Cependant, ce manque de planification touche également la génération X, qui comprend les personnes âgées de 46 à 61 ans et se trouvant actuellement au cœur de leurs années d’épargne, à un moment où la marge de manœuvre pour se constituer une épargne-retraite suffisante se réduit rapidement. Au sein de ce groupe, 18 % n’ont pas encore commencé à réfléchir à un plan d’épargne-retraite. Repousser la mise en place d’un tel plan à ce stade peut rendre nettement plus difficile de compenser une épargne-retraite insuffisante.

          Il faut toutefois souligner que les ménages belges semblent planifier davantage que bon nombre de leurs homologues européens.

          La confiance en matière d’investissement contraste avec les décisions prises

          La composition actuelle du patrimoine des épargnants belges, telle qu’elle ressort de notre enquête et des données nationales agrégées, semble sous-optimale. En outre, notre analyse des facteurs qui influencent les décisions d’épargne suggère que les choix de nombreux ménages pourraient ne pas produire les résultats escomptés.

          Nous mettons en exergue trois raisons principales pour lesquelles les épargnants belges pourraient voir leurs attentes déçues :

          1. Ils consacrent une part excessive de leur épargne aux comptes ou livrets d’épargne et n’en mesurent pas les risques.
          2. Leur réticence à investir en actions oriente excessivement leur épargne-retraite vers des actifs à faible rendement.
          3. Ils sont excessivement optimistes quant aux rendements futurs de leur principal actif : l’immobilier.

          Nº 1 – Illusion monétaire : Les comptes ou livrets d’épargne

          L’attrait des comptes ou livrets d’épargne s’explique en partie par la peur…

          Nous avons demandé aux particuliers où ils plaçaient leur épargne, hors « épargne de précaution », afin de comprendre quels supports ils utilisaient pour leur épargne à moyen et long terme. Parmi les répondants, 36 % ont indiqué que la majeure partie de leur épargne (hors épargne de précaution) était détenue sur des comptes ou livrets d’épargne, tandis que seulement 12 % détenaient la majeure partie en actions.

          Ce résultat est conforme aux données agrégées disponibles pour la Belgique : les liquidités et les dépôts représentent jusqu’à 30 % du patrimoine financier des ménages belges.

          Nous avons ensuite cherché à comprendre plus précisément pourquoi les particuliers évitaient les actions. Près de 40 % des répondants ont indiqué que le principal frein était le risque de perdre de l’argent. Plus préoccupant encore, 46 % ont déclaré ne jamais avoir envisagé d’investir en actions ou ne pas savoir comment s’y prendre.

          Un autre élément notable était le recours aux cryptomonnaies comme principal support d’épargne, en particulier parmi la génération la plus jeune. Cela suggère qu’il existe un appétit pour le risque, mais que celui-ci est en partie orienté vers des actifs spéculatifs plutôt que productifs.

          …et en partie d’un manque de connaissances financières

          Notre question suivante a mis en évidence un manque de connaissances financières : « Si vous envisagez d’épargner à long terme pour votre retraite, lequel des placements suivants est, selon vous, susceptible d’offrir le meilleur rendement pour votre épargne ? ». Environ 20 % des répondants ont estimé que les comptes ou livrets d’épargne étaient susceptibles d’offrir les meilleurs rendements, contre seulement 12 % qui ont choisi les actions.

          Ces réponses auraient pu être compréhensibles si nous venions de traverser plusieurs années de stagnation des marchés boursiers ou une correction majeure. Mais force est de constater que cette réponse ne correspond en rien à la réalité vécue par les investisseurs.

          Les ménages peuvent considérer que les comptes ou livrets d’épargne offrent un bon rendement parce que les taux servis sur les produits d’épargne sont passés de 0,30 %, avant la pandémie de Covid-19, à un pic de 3,60 % en 2024. Cela peut également s’expliquer par ce que les économistes appellent l’« illusion monétaire », c’est-à-dire l’incapacité à tenir compte de l’incidence de l’inflation. Par exemple, si le taux d’intérêt nominal est de 3 %, un ménage peut recevoir 3 euros crédités de manière régulière sur son compte bancaire pour chaque tranche de 100 euros épargnée. Toutefois, si les prix des biens et services que le ménage achète ont eux aussi augmenté de 3 %, son pouvoir d’achat ne s’est pas amélioré. De nombreux épargnants ne se rendent peut-être pas compte que des taux nominaux plus élevés ne se traduisent pas nécessairement par des rendements réels plus importants lorsque l’inflation est élevée. Aujourd’hui, le taux d’intérêt actuel de rémunération des encours de dépôts s’élève à 2,10 %, tandis que l’inflation en Belgique dépasse 4 %. En conséquence, la valeur réelle de l’épargne actuellement détenue sur des comptes ou livrets d’épargne s’érode.

          Ce manque de connaissances nuit à la santé financière des épargnants. Un dépôt de 100 euros effectué sur un compte d’épargne au début de 2020 vaut aujourd’hui 109 euros en termes nominaux, mais seulement 87 euros après prise en compte de l’inflation. Si un épargnant belge avait investi ces mêmes 100 euros en actions internationales, son épargne vaudrait aujourd’hui 194 euros en termes nominaux et 155 euros en termes réels.1

          Nº 2 – Illusion monétaire : recourir à l’épargne-retraite individuelle pour la vieillesse

          Notre enquête révèle que les ménages belges sont très optimistes quant aux rendements qu’ils peuvent espérer de leur épargne-retraite individuelle. Environ un quart (24 %) des personnes interrogées dans le cadre de notre enquête estiment que leur fonds de pension est l’actif offrant le meilleur potentiel de rendement. Cela signifie que les ménages belges ont des attentes bien plus élevées envers leurs fonds de pension que leurs homologues européens. Cet optimisme s’accompagne également d’une forte dépendance déclarée envers la prévoyance privée pour financer leur vieillesse.

          Un problème majeur réside dans le fait que, selon les données agrégées nationales de la Banque nationale de Belgique, les produits d’assurance et de retraite ne représentent que 18 % du patrimoine financier des ménages belges, ce qui est relativement faible comparé aux autres pays européens. Une autre question est la nature des investissements dans lesquels ces actifs de retraite privés sont placés. L’assurance-vie représente 53 % de cette épargne. À l’instar de pays comme la France, ce produit d’assurance est divisé entre les produits de la branche 21 (capital garanti avec rendement fixe) et ceux de la branche 23 (produits en unités de compte exposés aux fluctuations du marché). Malgré un contexte de marché favorable qui a incité les investisseurs à se tourner vers la branche 23, les épargnants restent très attachés aux produits de la branche 21, qui représentent 65 % du marché de l’assurance-vie.2 En moyenne, les produits de la branche 21 (capital garanti) offrent actuellement un rendement garanti d’environ 2,0 % à 2,9 %. D’après les données agrégées nationales pour la Belgique, les ménages belges consacrent en moyenne plus d’un tiers (36 %) de leur patrimoine financier à des liquidités et à des actifs à très faible rendement.3

          Un point positif toutefois : les actions représentent 25 % du patrimoine financier des ménages belges, ce qui constitue une part relativement élevée par rapport à d’autres pays européens. Lorsque l’on inclut les produits en unités de compte dans le marché de l’assurance-vie, l’exposition aux actifs à risque représente près de 30 % du patrimoine financier des ménages belges. Nous estimons que cela compense en partie la faible part représentée par les produits de retraite et d’assurance.

          Nº 3 – Illusion monétaire : immobilier

          À la question concernant les actifs susceptibles de générer les meilleurs rendements à long terme, 19 % des personnes interrogées ont cité l’immobilier. Cet optimisme se reflète dans les prévisions relatives aux prix de l’immobilier : plus de 60 % des personnes interrogées estiment que l’augmentation des prix de l’immobilier au cours des 20 prochaines années sera similaire, voire supérieure, à celle des 20 dernières années. Compte tenu de l’évolution actuelle des taux d’intérêt, nous estimons que cela est peu probable.

          Cet optimisme marqué est clairement plus prononcé que dans les autres pays européens et s’explique probablement par l’expérience que les propriétaires ont acquise en matière d’augmentation des prix. L’expression culturelle « avoir une brique dans le ventre » reflète la culture immobilière belge. Le taux de propriété immobilière en Belgique s’élève à 71 %, l’un des plus élevés en Europe. En outre, les prix de l’immobilier ont augmenté de 94 % en Belgique au cours des 20 dernières années, ce qui correspond à un rendement annuel de 3,4 %, bien supérieur à la moyenne de la zone euro, qui est de 1,7 %.

          Il est temps d’agir

          Depuis le début de la pandémie, les ménages belges ont épargné 85 milliards d’euros sur des comptes ou livrets d’épargne ou dans des placements assimilés. Si ces 85 milliards d’euros avaient été investis sur le marché boursier mondial, ils vaudraient aujourd’hui 164 milliards d’euros. Au lieu de cela, ces fonds ayant été conservés sur des comptes d’épargne, leur valeur ne s’élève qu’à 92 milliards d’euros. La combinaison de la peur et du manque de connaissances financières a coûté environ 72 milliards d’euros aux ménages belges au cours des six dernières années seulement. Faute d’action, ce chiffre continuera d’augmenter.

          Les ménages belges épargnent beaucoup, mais une part trop importante de cette épargne est détenue sur des comptes ou livrets d’épargne. Cette situation pénalise leurs perspectives financières et prive également l’économie belge des capitaux dont elle a besoin pour prospérer dans le monde actuel. Il est temps d’agir.

          Comme nous l’expliquons dans notre article consacré à l’ensemble de l’Europe, les responsables politiques peuvent s’inspirer d’initiatives qui ont fait leurs preuves ailleurs afin d’aider les ménages à passer de l’épargne à l’investissement.

          1 Calculs fondés sur les rendements enregistrés entre le début de l’année 2020 et le 31 décembre 2025. Actions internationales : Indice MSCI All Country World. Les rendements réels sont calculés sur la base du taux d’inflation globale en Belgique.
          2 Sur la base des données d’Assuralia et de la Banque nationale de Belgique, fin 2024.
          3 Somme de la part du patrimoine financier détenue sur des comptes ou livrets d’épargne et sous forme de dépôts, et de la part investie en assurance-vie dans des fonds en euros à capital garanti, sur la base des données d’Assuralia et de la Banque nationale de Belgique via Haver Analytics.

          À propos des auteurs

          • Perspective économique
          • Économie
          • Principes d'investissement
          • Retraite
          • Revenu de retraite