Alors qu’il y a 20 ans, une approche passive offrait une exposition bien diversifiée, ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui.
Au cours des 20 dernières années, l’investissement passif a progressivement gagné en popularité. Cependant, les investisseurs doivent être conscients que la composition des indices de référence a considérablement évolué durant cette période. Ainsi, bon nombre de ces indices ne constituent plus le « moyen simple et diversifié d’accéder aux marchés » qu’ils représentaient il y a une dizaine d’années, et sont désormais vulnérables aux risques très spécifiques inhérents aux évolutions économiques et politiques actuelles.
Le S&P 500 et la technologie
L’indice S&P 500 a enregistré une progression spectaculaire, affichant un rendement annuel moyen de 14 % au cours des 10 dernières années. Toutefois, ces performances se sont concentrées sur une poignée de valeurs. 52 % du rendement sur cette période provient du secteur de la technologie, porté par l’enthousiasme suscité par les nouvelles technologies telles que l’IA.
En quoi cela pourrait-il influencer les rendements futurs du S&P 500 ? Si les grandes valeurs du secteur de la technologie répondent aux attentes de bénéfices déjà intégrées dans les cours actuels et que d’autres titres prennent davantage le relais, le S&P 500 pourrait encore générer de solides rendements à l’avenir. Les investisseurs doivent toutefois garder à l’esprit que cet indice de référence dépend fortement de la capacité du secteur technologique à répondre à des attentes élevées (comme évoqué dans nos Perspectives d’investissement 2026). Même si nous sommes globalement optimistes quant au potentiel de transformation de l’IA et d’autres technologies à moyen terme, l’histoire montre que pour identifier les futurs gagnants et perdants, il est nécessaire de disposer de connaissances solides et de mener des recherches approfondies dans un domaine en constante évolution.
L’indice MSCI ACWI n’est pas si « mondial » ces derniers temps
L’engouement pour la technologie a été particulièrement marqué aux États-Unis, ce qui explique pourquoi le S&P 500 a largement surperformé les autres indices régionaux. Par conséquent, la part du marché américain dans l’indice MSCI ACWI a fortement augmenté. Un investisseur dans l’indice ACWI détient désormais une part plus importante de son portefeuille dans Meta que sur le marché actions coréen.
L’indice Global Aggregate est déséquilibré par les emprunteurs les plus endettés
Alors que les entreprises les plus performantes voient leur pondération dans les indices boursiers augmenter au fil du temps, les indices de référence obligataires déterminent les pondérations en fonction du niveau de la dette en circulation. Les investisseurs passifs sur les marchés obligataires consacrent donc la plus grande partie de leurs investissements aux gouvernements ou aux entreprises les plus endettés.
Si cela a toujours représenté un défi pour les indices de référence obligataires, la concentration régionale constitue un problème plus récent. Les émissions massives de bons du Trésor américain destinées à financer des niveaux toujours plus élevés de dépenses publiques aux États-Unis ont conduit la dette souveraine américaine à représenter une part de plus en plus importante de l’indice de référence Global Aggregate.
Risques liés aux portefeuilles passifs
Il convient de réfléchir à l’impact de ces évolutions sur l’exposition au risque d’un portefeuille. Supposons qu’un investisseur ait opté, début 2008, pour une allocation de 60 % en actions (via l’indice MSCI ACWI) et 40% en obligations (via l’indice Global Aggregate), avec pour objectif de constituer un portefeuille simple et diversifié, qu’il pourrait ensuite conserver en l’état, sans rééquilibrer.
En effet, sans rééquilibrage, la composition du portefeuille a été profondément modifiée par l’évolution des indices de référence déjà évoquée. Aujourd’hui, ce portefeuille se compose désormais de 81 % d’actions et de 19 % d’obligations, ce qui le rend vulnérable face à un retournement de marché. De même, l’exposition globale du portefeuille aux États-Unis est passée de 41 % à 55 %.
Les investisseurs doivent tenir compte des risques associés, car la performance de ce portefeuille est très sensible aux résultats du secteur technologique américain, ainsi qu’à toute volatilité susceptible de survenir sur le marché des bons du Trésor américain si les politiques du président Trump ravivent les craintes inflationnistes. En effet, il est possible que ces deux vulnérabilités se manifestent simultanément si la hausse des rendements provoque des ventes massives sur les valeurs technologiques, compte tenu de leur duration plus longue.
Les investisseurs doivent être conscients de ces risques liés à l’investissement passif. Alors qu’il y a 20 ans, une approche passive offrait une exposition bien diversifiée, ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui.