Tout comme les ETF ont rendu les investissements sur les marchés boursiers publics plus accessibles et plus faciles à réaliser, une vague d’innovation a abaissé les barrières à l’entrée sur les marchés privés.
Les actifs illiquides tels que l’immobilier, le capital-investissement et le crédit privé ont été restructurés pour les investisseurs particuliers, avec des seuils d’investissement plus bas, une fiscalité plus avantageuse et une réduction des formalités administratives.
Parmi ces nouvelles structures figurent les fonds à intervalle, les fonds à offre de rachat, les BDC non cotées et les REIT non cotées, chacun offrant une forme de liquidité périodique. Collectivement, ils sont désignés sous le nom de « fonds semi-liquides ».
Cependant, comme l’actualité récente sur le crédit privé nous le rappelle, le « semi » dans semi-liquide mérite plus d’attention qu’il n’en reçoit habituellement. Pour comprendre pourquoi, il est utile de revenir au véhicule d’investissement privé d’origine : le fonds à tirage progressif.
Fonctionnement des fonds à tirage progressif
La structure à tirage progressif reste le pilier des fonds institutionnels de marchés privés, qui détiennent plus de 90 % des actifs alternatifs sous gestion à l’échelle mondiale. Prenons l’exemple d’un fonds immobilier qui prévoit d’acquérir un portefeuille de bureaux sur plusieurs années. Lorsqu’un investisseur s’engage, il ne verse pas la totalité du montant dès le premier jour. Il s’engage sur un montant total, et le gestionnaire du fonds (GP) procède à des appels de capitaux au fur et à mesure que les biens sont identifiés et acquis. Les distributions proviennent des revenus locatifs et de la vente éventuelle des actifs, généralement sur une période de 10 à 12 ans.
Pour les institutions disposant d’un horizon d’investissement long, le manque de liquidité est acceptable lorsque les rendements compensent ce risque. Mais pour les investisseurs particuliers, voir leur capital immobilisé pendant plus d’une décennie est rarement souhaitable.
Les avantages – et les compromis – des fonds semi-liquides
Le fonds semi-liquide vise à répondre aux besoins des investisseurs particuliers en leur offrant une porte qui s’ouvre périodiquement, plutôt qu’une porte verrouillée pendant une décennie.
Les fonds semi-liquides proposent des souscriptions périodiques, des rachats trimestriels (généralement plafonnés à environ 5 % de la valeur nette d’inventaire) et une structure « evergreen » — c’est-à-dire une durée de vie perpétuelle sans date de clôture fixe.
Un autre avantage est que les investisseurs acquièrent une participation dans un portefeuille d’actifs déjà constitué, ce qui permet à leur capital de commencer à croître immédiatement, sans devoir attendre une phase de montée en puissance sur plusieurs années.
Ces caractéristiques ont suscité un réel intérêt, et les encours ont progressé en conséquence. À la fin de 2025, les véhicules « evergreen » et semi-liquides représentaient environ 535 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
Cela dit, les fonds semi-liquides n’ont pas été exempts de difficultés. Début 2026, des inquiétudes concernant la qualité du crédit dans les fonds semi-liquides de crédit privé ont entraîné une vague de demandes de rachats, et plusieurs fonds ont instauré des « gates », c’est-à-dire des limites sur le montant que les investisseurs pouvaient retirer. Sans ces mécanismes, un fonds confronté à des retraits massifs serait contraint de vendre ses actifs à des prix dépréciés — une situation préjudiciable à l’ensemble des parties prenantes. Les investisseurs ont ainsi été rappelés que « semi-liquide » peut parfois signifier « semi-illiquide ».
Gérer les compromis
Les fonds semi-liquides représentent le moyen le plus accessible d’investir dans des actifs alternatifs, mais ils comportent certains compromis. Pour de nombreux investisseurs, ces compromis valent la peine d’être acceptés en échange d’un accès à des opportunités d’investissement uniques offrant des rendements attractifs. Les investisseurs qui envisagent ces véhicules doivent calibrer leurs allocations en anticipant que les rachats pourraient être différés lorsque les marchés sont perturbés, et considérer leur capital comme engagé sur le long terme, même si une liquidité anticipée reste possible.
By Aaron Mulvihill - 24 avr. 2026