À tout le moins, l’impact combiné ajoutera une nouvelle couche d’incertitude pour la croissance mondiale et les marchés au cours de l’année à venir.
Au cours du week-end (3–4 janvier), les forces spéciales américaines ont mené des frappes au Venezuela et ont arrêté le président Nicolás Maduro ainsi que la Première dame Cilia Flores, les transférant à New York pour faire face à des accusations de trafic de drogue aux États-Unis. Le président Donald Trump a présenté cette opération comme une répression du « narco-terrorisme » et a déclaré que les États-Unis « géreraient » temporairement le Venezuela pendant la mise en place d’une direction de transition. La vice-présidente Delcy Rodriguez a été investie présidente par intérim peu après l’intervention militaire, dénonçant l’action des États-Unis. Il faudra du temps pour que la situation se clarifie à mesure que ce changement de pouvoir se déroule ; pour les investisseurs, nous abordons ci-dessous notre analyse du contexte actuel, des risques géopolitiques associés et des implications plus larges pour l’investissement.
Pourquoi prendre cette mesure maintenant ?
À première vue, la justification avancée par l’administration est simple : Maduro est depuis longtemps accusé par les procureurs américains d’avoir dirigé ou facilité des réseaux de trafic de drogue et d’armes ayant des liens directs avec les États-Unis. Cela dit, les déclarations du Président laissent entrevoir un calcul stratégique lié aux ressources. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, ainsi que des minéraux stratégiques comme le coltan et d’autres intrants essentiels qui jouent un rôle dans la compétition technologique entre les États-Unis et la Chine.
D’un point de vue stratégique, si les États-Unis parviennent à développer des infrastructures énergétiques pour accéder au pétrole vénézuélien au cours des 3 à 5 prochaines années, cela placerait le pays en position dominante, renforçant son pouvoir de négociation face à la Russie et à la Chine, et éliminant toute dépendance au pétrole du Moyen-Orient. À titre de référence, les pays de la « Doctrine Donroe » (c’est-à-dire les États-Unis, le Canada et l’Amérique latine) représenteraient plus de 40 % de la production mondiale, contre 23 % lors de la crise pétrolière de 1979.
Quelles pourraient être les répercussions ?
Les répercussions pourraient largement dépasser Caracas. À l’ONU, des experts juridiques ainsi que le Secrétaire général ont averti que cette opération crée un « précédent dangereux » en matière de souveraineté. La Chine a condamné cette initiative, et le marché pourrait désormais porter une attention accrue à Taïwan, dont les hyperscalers américains dépendent pour les microprocesseurs avancés. Avec le retour du terme « changement de régime » dans l’actualité, l’Iran fera également l’objet d’une surveillance accrue des marchés, compte tenu de son importance géopolitique et de son statut de grand producteur de pétrole. Enfin, la rhétorique renouvelée de Trump sur l’annexion du Groenland a déjà suscité un avertissement direct de la part de la Première ministre danoise, qui a appelé à « cesser les menaces », soulignant à quel point cette situation pourrait rapidement mettre à mal la cohésion des alliances. À tout le moins, l’impact combiné ajoutera une nouvelle couche d’incertitude pour la croissance mondiale et les marchés au cours de l’année à venir.
Quelles sont les implications pour les investissements ?
Le Venezuela est réputé pour ses vastes réserves, mais une grande partie du brut est lourd, coûteux à produire et nécessite des diluants, des opérations de valorisation et un raffinage spécialisé. Il n’est pas certain que les entreprises américaines soient prêtes à investir au Venezuela, compte tenu : 1) de l’instabilité politique actuelle, et 2) de la présence d’opportunités d’investissement plus attractives ailleurs. Par exemple, le seuil de rentabilité économique pour le pétrole dans le bassin permien se situe dans la fourchette basse des 40 dollars et tend à baisser, contre les 50 dollars au Venezuela, sans même prendre en compte les importants investissements nécessaires pour ramener la production aux niveaux observés dans les années 2000.
En résumé, « plus de réserves » ne signifie pas des barils rapidement rentables, surtout si les prix du pétrole restent faibles. À court terme, étant donné que l’offre vénézuélienne a été fortement réduite en raison des sanctions et des contraintes logistiques (le pays produit moins de 1 % de l’offre mondiale, contre plus de 10 % dans les années 1960), l’impact de tout baril bloqué sur les prix mondiaux sera limité, car le reste de l’OPEP peut facilement combler le déficit. Globalement, nous continuons à anticiper une fourchette étroite et une hausse limitée des prix, sauf en cas de nouvelles perturbations de l’offre. Par ailleurs, la montée des risques géopolitiques mondiaux soutient les valeurs refuges comme l’or, tandis que les métaux industriels ont bondi, les investisseurs intégrant l’incertitude dans les chaînes d’approvisionnement.
En résumé, les corrections de marché liées à des chocs géopolitiques ont tendance à être brutales mais de courte durée, sauf si elles se transforment en un choc plus large sur la croissance ou l’offre. Nous suivons de près l’évolution de la situation, mais pour l’instant, nous estimons que le risque d’un emballement vers une crise militaire et mondiale généralisée reste faible.