Le développement de l’intelligence artificielle renforce la résilience de l’économie à un moment où la consommation ralentit et où les taux d’intérêt restent élevés aux États-Unis. Ce secteur montre une certaine indépendance vis-à-vis des variables telles que les taux d’intérêt, le marché du travail et même les chocs commerciaux.
À travers l’histoire économique, différentes variables ont servi d’indicateurs fiables pour la mesure de croissance. L’immobilier a joué ce rôle pendant des décennies en raison de sa nature cyclique et de sa sensibilité aux taux d’intérêt. Avec la mondialisation, les indices PMI manufacturiers et les flux commerciaux sont devenus des références clés. Ces dernières années, les consommateurs ont occupé le devant de la scène, avec une attention particulière portée aux ventes au détail et aux données sur l’emploi.
Aujourd’hui, les données suggèrent qu’un nouvel indicateur pourrait émerger : l’intelligence artificielle. Au premier semestre 2025, les dépenses d’investissement liées à l’IA ont contribué à hauteur de 1,1 % à la croissance du PIB, dépassant le consommateur américain en tant que moteur d’expansion.
Les investisseurs se sont habitués à considérer l’IA comme un thème dominant sur les marchés, mais elle est également en train de devenir un moteur économique.
Où l’IA se manifeste-elle dans les données?
Le signal le plus clair se trouve dans l’investissement des entreprises. Au deuxième trimestre, les catégories liées à la technologie ont contribué à hauteur de 4,3 points de pourcentage à la croissance globale des investissements, compensant les baisses observées dans d’autres secteurs. Le matériel informatique est en tête, avec une hausse de 41 % des investissements dans les ordinateurs et équipements associés sur un an, reflétant une forte augmentation des commandes de serveurs et de systèmes GPU. La construction de centres de données a atteint un rythme record de 40 milliards de dollars par an en juin, soit une hausse de 30 % par rapport à l’année précédente — un point positif dans un secteur de la construction par ailleurs sous pression¹.
Cette vague d’investissement est principalement portée par les hyperscalers (Meta, Alphabet, Microsoft, Amazon et Oracle), qui devraient consacrer 342 milliards de dollars aux dépenses d’investissement en 2025¹, soit une augmentation de 62 % par rapport aux 67 % de l’année précédente. Des entreprises privées telles qu’OpenAI et Anthropic réalisent également des investissements similaires pour soutenir le développement de modèles de pointe.
Du point de vue du PIB, l’impact reste encore modeste, mais il devrait évoluer. Les données officielles reflètent principalement la première phase de l’investissement dans l’IA, axée sur les puces, serveurs et équipements de réseau. La prochaine phase vise les infrastructures de soutien, telles que les centrales électriques et les améliorations du réseau, dont la planification, l’autorisation et la construction peuvent prendre plusieurs années. Les premiers signes de cette phase commencent à apparaître, mais l’impact complet reste à venir.
Le raz-de-marée d’investissements est bien réel, mais son impact sur la croissance sera probablement moins spectaculaire.
Chaque dollar investi dans l’IA ne se traduira pas nécessairement par une augmentation du PIB américain. Une part importante des investissements est consacrée à l’achat de biens technologiques importés, ce qui soustrait du PIB, et les efforts de relocalisation de la capacité industrielle nécessiteront une longue période de transition. Les centres de données, une fois construits, emploient également peu de travailleurs², surtout en comparaison avec une usine ou un campus de bureaux, ce qui limite leur effet multiplicateur via la consommation liée aux salaires. Les contraintes de capacité du réseau et les délais d’obtention des autorisations pourraient également freiner l’expansion, malgré la disponibilité du capital.
Un autre risque réside dans le fait que, si jusqu’à présent les dépenses d’investissement des hyperscalers ont été soutenues par des flux de trésorerie opérationnels solides, l’histoire montre que les cycles d’investissement technologique peuvent être volatils. Si la demande projetée s’avère inférieure aux prévisions, les dépenses pourraient rapidement être révisées.
L’innovation comme amortisseur
Le développement de l’intelligence artificielle renforce la résilience de l’économie à un moment où la consommation ralentit et où les taux d’intérêt restent élevés, tout en affichant une certaine indépendance vis-à-vis de variables telles que les taux, le marché du travail et même les chocs commerciaux. Cependant, si cette vague soutient certains secteurs bénéficiant des investissements dans l’IA, elle pourrait également accroître la vulnérabilité si les fondamentaux sous-jacents demeurent fragiles. Cela rend la diversification d’autant plus essentielle, afin que les portefeuilles soient positionnés à la fois pour tirer parti du potentiel de l’innovation et pour faire face à la persistance des risques macroéconomiques.